Montereau : quand la politique fait la géographie

Quand on dit que la politique fait la géographie, il se peut que l’on pense en premier aux guerres et aux limites politiques des états, des provinces, des zones d’influence. Mais, en se rendant à Montereau-Fault-Yonne, lieu du confluent Seine/Yonne dans le sud de la Seine-et-Marne, on peut voir une autre acception de cette affirmation.

En l’occurrence, on peut constater de ses propres yeux, sans besoin de mesures complexes, que, au confluent de la Seine et de l’Yonne, la dernière l’emporte sur la première. C’est donc l’Yonne qui devrait couler à Paris et non pas la Seine.

Très longtemps, j’ai cru à une erreur fort ancienne. Je pensais aussi à un changement dans les cours de fleuves ayant entraîné soit une baisse du débit de la Seine, soit une hausse du débit de l’Yonne, voire les deux. Mais un tel changement à l’échelle historique est peu probable.

L’erreur date, en tous cas, de très longtemps. En effet, c’est bien Sequana (la Seine) qui coulait à Lutèce (Paris). Or, je l’ai dit, la différence de débit Seine/Yonne saute aux yeux. Il n’est pas besoin d’instruments modernes. Sur cette photo, l’Yonne est au premier plan et la Seine au second. Si erreur il y a, elle est donc grossière.

En fait, il n’y a aucune erreur.

Sequana était le fleuve sacré des Séquanes, puissant peuple celte occupant la région de naissance du fleuve. Ce peuple a juste imposé aux peuples situés en aval de nommer le fleuve selon le nom de leur fleuve. Les règles d’hydrologie n’étant pas fixées à l’époque, la chose n’a finalement choqué personne.

Mais, aujourd’hui, les Séquanes ont évidemment disparu. Et ce depuis deux mille ans. Donc on pourrait rebaptiser les rivières selon les conventions hydrologiques. La Seine deviendrait dès lors un affluent de l’Aube, l’Aube de l’Yonne et cette dernière coulerait à Paris, y compris sous le Pont Mirabeau, n’en déplaise à Guillaume Apollinaire.

Certes. Mais il faudrait tellement modifier d’indications, de cartes, de données diverses et jusqu’à la littérature que, franchement, on peut se passer d’appliquer des conventions hydrologiques. Et donc la politique d’il y a deux mille ans continue de produire des effets sur la géographie.

La petite ville de Montereau-Fault-Yonne, dans le Sud de la Seine-et-Marne, est aussi intéressante pour un événement historique : la bataille du 18 février 1814. Il s’agit d’une brillante victoire de Napoléon, en statue sur place. Mais écraser les troupes austro-wurtembourgeoises et reprendre les ponts nécessaires à l’avancée de ses ennemis ne seront pas des actions suffisantes pour renverser le cours de l’histoire.

Enfin, notons la présence dans la ville d’une ancienne collégiale, Notre-Dame et Saint-Loup, simple église paroissiale depuis le XVIIIème siècle.